1988 : Les problèmes métaphysiques de la PAO
En ce temps là, les journalistes avaient des machines à écrire, les maquettistes étaient debout devant d’énormes tables lumineuses, le cutter à la main, les SR ensevelis sous des tomberaux d’épreuves (des placards, si, si…) au milieu des coursiers casqués et boueux, le tout dans une atmosphère de pagaille générale au moment des bouclages avec des cris des pleurs au téléphone pour supplier de renvoyer le paquet plein de coquilles restantes…
et puis vint la PAO.
Après tout ce temps je peux avouer ma grande trouille de l’époque (outre le fait que ça puisse complètement foirer occasionnant un séisme technico financier de dimension Biblique), c’était que les gens soient malheureux avec tout ce merdier applelistique.
Le pire qui pouvait m’arriver était qu’un jour on me dise, ton truc (qui ne marche pas, qui ne va pas assez vite, qui n’imprime pas, qui n’a plus de papier, qui n’a pas toutes les polices Letraset, qui nous bouzille les yeux, etc…) et bien il nous emmerde, il nous les brise menu.
Me croirez vous, cela n’est JAMAIS arrivé.
J’ai trouvé un utilitaire qui affichait mieux les polices à l’écran (le Display Postscript n’existait même pas en rêve) , j’ai mis un bruit de machine à écrire quand on tape sur le clavier, je me suis adapté à la demande. et ca a marché. et personne n’a jamais demandé à revenir à l’ancien temps.
ouf.
Maintenant il m’arrive de penser à autre chose. Plus grave. J’ai l’impression qu’à ce moment là, sans le savoir j’ai participé à l’introduction d’une sorte de virus très grave, très puissant. Il y a eu la PAO, qui a amené le CD Rom puis Internet puis l’Iphone… sans la PAO, rien.
C’était une étape dans la construction d’un autre monde. Un monde qui va tuer le papier. Cela n’était pas le but mais voilà…